La façade du BHV Marais, le 5 octobre 2025 à Paris ( AFP / JOEL SAGET )
Deux entrepreneurs "experts du commerce local" ont officialisé mercredi un projet de reprise partielle du BHV, établissement parisien placé en redressement judiciaire, espérant lever 15 millions d'euros pour en faire un "Grand magasin du made in France" et sauver 250 emplois sur 660.
Emilie Auvray, cofondatrice des boutiques L'Appartement français, et Charles Huet, cofondateur de la carte-cadeau locale La carte française, entendent proposer, au cœur de la capitale, une "offre locale et durable en contre-pied total à la fast-fashion", selon un communiqué.
"Soutenus par l'intersyndicale du BHV, encouragés par de nombreuses marques (...) et avec la bienveillance de la Mairie de Paris", les deux associés cherchent "désormais à fédérer fonds privés, investisseurs engagés et collectivités publiques autour d'une intention de levée de fonds des 15 millions d'euros", est-il indiqué.
Leur projet était évoqué en coulisses bien avant l'ouverture de la "procédure de redressement judiciaire" décidée lundi par le tribunal des activités économiques de Paris à l'égard de la SEGM BHV.
En "cessation de paiement", la société, qui regroupe le Bazar de l'Hôtel de Ville, institution parisienne depuis 170 ans, et le BHV Parly 2, dans les Yvelines, en Île-de-France, emploie 660 salariés, selon le jugement du tribunal.
La procédure permet d'ouvrir une période d'observation de six mois, renouvelable six mois, pour étudier si un redressement de la société est possible. Le tribunal peut ensuite autoriser la direction à continuer son activité (plan de redressement), choisir un repreneur (plan de cession) ou liquider la société (liquidation judiciaire).
Une audience est prévue le 18 décembre pour "statuer sur le maintien de la période d'observation", précise le jugement.
En attendant, Emilie Auvray et Charles Huet souhaitent proposer au fonds canadien Brookfield, propriétaire des murs du BHV depuis janvier, d'exploiter "un tiers du bâtiment" parisien, "dans lequel vont commencer les travaux programmés par" le bailleur.
Ils envisagent de préserver "l'ADN historique" du BHV (bricolage, beauté, mode...) avec 90% de produits fabriqués en France, 5% en Europe et 5% de seconde main.
Déserté par les marques en raison de nombreux impayés et/ou d'un partenariat controversé avec le géant de la mode asiatique Shein, le BHV avait été cédé à perte en juin par l'entrepreneur Frédéric Merlin, qui l'avait racheté aux Galeries Lafayette en 2023.
Cet été, sa direction avait annoncé un plan de relance sans Shein. Mais elle s'est heurtée à un manque de trésorerie, lié selon elle à un différend financier avec Brookfield, qui conteste, et qu'elle espère résoudre avec "la protection du tribunal".
Sollicitée par l'AFP, la direction du BHV assure n'avoir "jamais entendu parler" du projet de reprise, qui "semble impacter fortement les salariés et les accords, et n'évoque rien sur Parly 2". Elle souligne aussi que les marques françaises ont représenté "plus des deux tiers" des ventes en 2025.
Nicolas Bonnet Oulaldj, adjoint au Maire de Paris en charge de l'emploi, indique lui à l'AFP accueillir "positivement ce projet" tourné "vers le Made in France et la consommation responsable, en rupture avec les décisions passées de la direction" concernant Shein.
"Nous veillerons à la préservation du maximum d'emplois", assure-t-il.
Lundi, l'intersyndicale du grand magasin a assuré qu'"il ne pourrait pas y avoir d'avenir au BHV" avec la direction actuelle.

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